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Un processus sélectif par nature

L'investissement en Private Equity est l'aboutissement d'un processus structuré et hautement sélectif. Un fonds analyse en moyenne plusieurs centaines de dossiers pour n’en retenir que quelques uns : le taux de conversion entre opportunités identifiées et investissements réalisés est inférieur à 5 % dans les meilleures sociétés de gestion(1)(6).  

Cette sélectivité n'est pas accessoire. Elle est inhérente à la nature de la classe d'actifs : un investissement illiquide, détenu sur plusieurs années, dans lequel une erreur de sélection ne peut pas être corrigée par une simple cession de position.

3.2.2 Le sourcing : générer le deal flow

La première étape est la génération de flux de dossiers (deal flow). Elle conditionne l'ensemble de la chaîne : sans accès à des opportunités de qualité, le processus n'a pas lieu d'être.

Deux modalités coexistent :

En 2025, le volume global des transactions buyout a atteint 941,5 milliards de dollars (+11 % vs 2024), pour une taille moyenne de transaction record de 1,2 milliard de dollars, reflétant une concentration croissante sur les actifs de qualité(2)(3)(5).  

3.2.3 Le screening : premier filtre d'analyse

Les opportunités identifiées font l'objet d'un examen préliminaire (screening) destiné à évaluer leur compatibilité avec la thèse d'investissement du fonds : secteur cible (santé, technologie, IA etc, voir section « Focus Sectoriel »), taille d'entreprise, stade de développement (amorçage, croissance, transmission, voir section « Le Private Equity peut intervenir à chaque étape du cycle de vie d'une entreprise »), profil de croissance, valorisation indicative et situation actionnariale.

Cette phase permet d'éliminer la grande majorité des dossiers sans mobiliser les ressources d'une analyse approfondie. Les critères de disqualification sont souvent aussi déterminants que les critères de sélection : un positionnement concurrentiel fragile, une dépendance excessive à un client ou à un fondateur, un marché adressable insuffisant, ou une valorisation incompatible avec les objectifs de rendement du fonds conduisent à un rejet rapide(6).

Les dossiers retenus à l'issue du screening sont présentés à l'équipe d'investissement avant tout engagement de ressources supplémentaires.

3.2.4 La due diligence : l'analyse approfondie

La due diligence est l'étape centrale du processus. Elle vise à vérifier la thèse d'investissement, identifier les risques matériels et construire le plan de création de valeur post-acquisition. Elle mobilise simultanément plusieurs équipes spécialisées, souvent pendant 4 à 12 semaines selon la complexité de l'opération.

Due diligence financière : Analyse de la qualité des résultats historiques (retraitements EBITDA, récurrence du chiffre d'affaires, structure de coûts), modélisation des projections, validation des flux de trésorerie normalisés et de la capacité de service de la dette en cas de financement par levier.

Due diligence opérationnelle et stratégique : Évaluation du positionnement concurrentiel, de la dynamique de marché, de la robustesse du modèle économique et de la qualité de l'équipe dirigeante. Cette analyse intègre fréquemment des entretiens avec clients, fournisseurs et experts sectoriels via des réseaux spécialisés (expert networks).

Due diligence juridique et fiscale : Revue des contrats clés, des litiges en cours ou potentiels, de la structure de propriété intellectuelle, des engagements hors bilan et de la fiscalité de la structure d'acquisition envisagée.

Due diligence ESG : Désormais systématique dans la grande majorité des fonds, elle évalue les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance susceptibles d'affecter la valeur de l'actif ou de générer des passifs post-acquisition.

3.2.5 Le comité d'investissement

Avant toute décision d'acquisition, le dossier est présenté au comité d'investissement, instance décisionnelle composée des associés seniors de la société de gestion. Ce comité valide la thèse d'investissement, le niveau de valorisation proposé, la structure de financement et les conditions suspensives de l'opération.

Il constitue le principal mécanisme de contrôle interne du processus. L'approbation du comité conditionne la transmission d'une offre engageante (binding offer) au vendeur ou à ses conseils.

3.2.6 La structuration, la négociation et le closing

Une fois l'offre acceptée, le fonds entre en phase de structuration et de négociation finale. Plusieurs volets sont traités simultanément.

La structure d'acquisition

Le fonds constitue une holding dédiée (NewCo) dans laquelle sont apportés les fonds propres et, dans le cas d'un LBO, la dette bancaire ou privée. La part equity dans la structure de financement a atteint 55 % en moyenne au T4 2025, contre une moyenne long terme de 38,3 %, reflet de conditions de crédit plus restrictives qu'en période de taux bas(4).

La documentation contractuelle

Elle inclut le contrat d'acquisition (SPA, Share Purchase Agreement), le pacte d'actionnaires, les garanties d'actif et de passif (GAP) et, le cas échéant, les contrats de financement. Cette documentation est négociée en parallèle par les conseils juridiques des deux parties.

Le closing

Il correspond au transfert effectif de propriété des titres, concomitant au déblocage des financements. Il intervient généralement entre 4 et 12 semaines après la signature du SPA, sous réserve de la levée des conditions suspensives : autorisation réglementaire, approbation des actionnaires existants, accord des créanciers.

Récapitulatif

Le process d'investissement structure l'ensemble de la chaîne de décision : du sourcing au closing, chaque étape conditionne la qualité de l'acquisition. La rigueur du deal flow détermine la qualité des opportunités analysées ; la profondeur de la due diligence valide ou invalide la thèse d'investissement ; la structuration protège le fonds contre les aléas post-acquisition.

La sélectivité est, à ce titre, le premier levier de performance. Les fonds les plus disciplinés ne cherchent pas à maximiser le nombre de transactions mais cherchent à minimiser les erreurs d'entrée. Dans une classe d'actifs illiquide, où une position ne peut pas être cédée en cas de détérioration, la qualité de la décision initiale est irréversible(6).

L'entrée au capital n'est pas un aboutissement : c'est le point de départ de la création de valeur, objet de la section suivante.

Sources:

(1) Preqin, Future of Alternatives 2025

(2) PJT Park Hill, Private Equity Market Overview Q1 2026

(3) Bain & Company, Global Private Equity Report 2026

(4) PJT Park Hill, Private Equity Market Overview Q1 2026

Notes :

(5) Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Investir en Private Equity comporte des risques.

(6) Ce commentaire reflète l’opinion d’Archinvest à la date de rédaction

Emilie Loyer Buttiaux
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