Le cœur du modèle
La création de valeur est la phase centrale de tout investissement en Private Equity. C'est elle qui justifie la prime de rendement attendue par rapport aux actifs cotés, et c'est sur elle que se joue, en grande partie, la réputation d'une société de gestion.
Contrairement à l'investissement passif en actions cotées, où la performance dépend largement des cycles de marché, le Private Equity repose sur une capacité à agir directement sur les fondamentaux de l'entreprise détenue. Cette intervention active s'exerce à travers trois leviers principaux : la croissance du chiffre d'affaires, l'amélioration des marges et l'expansion des multiples de valorisation.
En effet, la création de valeur s’explique principalement par l’effet résultat (hausse de l’EBE, Excédent Brut d’Exploitation), c’est-à-dire le développement de l’activité de l’entreprise. Entre 2019 et 2024 en France, près de la moitié de l’effet résultat provient de la croissance organique des revenus (47 %). Les opérations de croissance externe ont également un poids significatif (37 %)(1).

(1) Source : France Invest, Rapport sur la création de valeur à fin 2024
3.3.2 La croissance du chiffre d'affaires
Le développement commercial est le levier de création de valeur le plus durable et le plus valorisé par le marché. Les équipes de gestion interviennent à plusieurs niveaux :
Expansion géographique
L'entrée sur de nouveaux marchés (notamment aux États-Unis pour les acteurs européens, ou en Europe pour les fonds américains) constitue un axe majeur de croissance pour les sociétés en portefeuille. Les GP apportent leur réseau local, leur connaissance réglementaire et leurs relations avec des partenaires potentiels(5).
Développement de l'offre produits et services
Le fonds accompagne souvent la montée en gamme ou la diversification de l'offre, en s'appuyant sur des ressources internes (équipes stratégiques dédiées) ou externes (consultants sectoriels).
Croissance externe (build-up)
La stratégie de build-up consiste à réaliser des acquisitions complémentaires autour d'une société plateforme, afin de consolider un marché fragmenté, d'acquérir de nouvelles compétences ou d'accélérer la présence géographique. En 2024, les add-ons ont représenté 40 % de la valeur totale des deals buyout, soit le deuxième ratio le plus élevé de la décennie(2).
3.3.3 Effet désendettement : générer de la valeur en réduisant le levier
Dans de nombreuses opérations, les entreprises accompagnées mènent des stratégies actives de croissance externe : 69 % d'entre elles ont réalisé au moins un build-up durant la période de détention(1). La progression de l’EBITDA, portée par ces acquisitions, comprime mécaniquement le ratio dette/EBITDA, même lorsque la dette en valeur absolue progresse. Cette maîtrise du levier renforce la structure financière de l’entreprise, améliore sa résilience et constitue un facteur additionnel de valorisation à la sortie(6).
3.3.4 L'amélioration des marges
Au-delà de la croissance du chiffre d'affaires, les fonds interviennent activement sur la structure de coûts et l'efficacité opérationnelle des sociétés en portefeuille.
Les principales actions menées incluent la rationalisation des achats et de la chaîne d'approvisionnement, l'optimisation des effectifs et de l'organisation, la mise en place d'outils de pilotage et de reporting, et la professionnalisation des processus internes. Cette rigueur opérationnelle se traduit concrètement dans les chiffres : les entreprises détenues par des fonds de Private Equity affichent un taux de croissance annuel moyen de l'EBITDA de 11,5 %, contre 5,9 % pour des entreprises cotées comparables(3).
3.3.5 La transformation digitale et technologique
La numérisation des modèles économiques est devenue un axe à part entière de la création de valeur. Les fonds accompagnent les sociétés en portefeuille dans l'adoption d'outils digitaux, l'automatisation des processus, l'analyse de données et, de plus en plus, le déploiement de solutions d'intelligence artificielle.
Cette tendance s'accélère : en 2024, 67 % des fonds de Private Equity déclaraient avoir investi dans l'IA au sein de leurs sociétés en portefeuille, contre 45 % l'année précédente(4).
3.3.6 L'expansion des multiples
Le troisième levier, le plus conjoncturel, est l'expansion du multiple de valorisation entre l'entrée et la sortie. Si une société est acquise à 8x l'EBITDA et cédée à 10x, cette progression génère un retour supplémentaire indépendant de toute amélioration opérationnelle(3).
Ce levier est cependant le moins maîtrisable : il dépend des conditions de marché au moment de la sortie, de l'appétit des acquéreurs potentiels et des niveaux de valorisation sectoriels. Les meilleures sociétés de gestion ne comptent pas sur l'expansion de multiple pour justifier leur thèse d'investissement : elles la construisent sur des fondamentaux opérationnels solides, et considèrent toute revalorisation du multiple comme un levier complémentaire(6).
Les fonds qui entrent à des niveaux de valorisation disciplinés bénéficient par ailleurs d'une asymétrie favorable : le multiple d'entrée moyen des entreprises sous LBO est de 8,9x l'EBITDA, contre 10,4x pour des comparables cotés, reflétant la capacité des fonds à négocier des conditions d'entrée plus favorables dans des processus moins compétitifs(3).
Sources :
Notes :